Warmup 2021 - 5ème édition

Connaissiez-vous le Printemps des Comédiens avant que votre étape de création ne soit au programme de la cinquième édition de Warmup ?

Oui, car c’est un festival important, mais je n’ai jamais eu l’occasion de venir à Montpellier pour y voir des spectacles. Je me rappelle aussi que la presse a relayé à un moment un engagement fort de la direction du Printemps aux côtés des mouvements en faveur du régime de l’intermittence du spectacle.

Pouvez-vous nous parler du projet que vous allez présenter dans le cadre de Warmup ?

C’est un récit, une forme de conte, disons que c’est « l’idéal d’un conte d’aujourd’hui », qui tout à la fois parle de la technologie, et repose sur une technologie. La réalité d’Autokèn est de regarder l’ambiguïté de notre rapport à la technique. Je raconte une histoire, un accident : une balle est tirée et je joue, seule, en un plan séquence, le dialogue de plusieurs personnages qui subissent cette situation, entre le moment où mon ami reçoit la balle et l’arrivée des secours. Nous cherchons à « faire diversion ». Il y a alors une forme de mise en abîme assez humoristique. Nous regardons des vidéos d’armement sur un téléphone tandis que nous entourons un blessé par balle. Dans cette narration complètement fictionnelle, il y a un rapport très dynamique au récit ; j’essaye de faire quelque chose d’un peu haletant, c’est comme une revanche sur le cinéma Hollywoodien, qui parvient tant à nous saisir/attraper (rire).

Sur quel type de technologie repose la pièce ?

Il y a un travail sonore important : pendant tout le spectacle, je navigue sur un séquenceur, un logiciel de musique électronique, qui change ma voix. J’avance en suivant une partition dans laquelle je maîtrise le temps, gère les changements, le rythme, dans un sens unilatéral : je ne peux pas revenir en arrière. Ce système dans son entier a mis trois ans à s’affiner. L’écriture du texte a commencé en Afrique du Sud, où pendant un an j’ai ébauché une version dans laquelle existait déjà un talk très documenté. De retour en France, en réécrivant le texte en français - qui était alors en anglais -, j’ai pris conscience en écoutant du rap que le dialogue pouvait être pensé avec un système d’autotune. En 2019, j’avais déjà, lors de l’étape de création à actOral à Marseille, une partition logicielle mais avec un système de pédales, et c’est après cela que la forme est devenue plus radicale : l’interface s’est intégrée à mon corps pour plus de mobilité et j’ai commencé à collaborer avec un concepteur sonore qui accompagne tous les enjeux techniques du projet.

Cette étape de création est donc une forme d’avant-première, au sens où votre spectacle est presque terminé ?

Oui, le Printemps des Comédiens, en m’offrant cette dernière résidence de création pour Warmup, va me permettre, et c’est une grande chance, de finir la transition de la pièce d’un format « performance » vers un spectacle adapté à un plateau de théâtre.

C’est la dernière ligne droite avant les premières dates à actOral les 30 septembre, 1er et 2 octobre au Théâtre de l’ERAC à la Friche de la Belle de Mai.

Quel est l’enjeu pour vous de montrer ce travail en l’état, juste avant la création ?

Ça va nous permettre d’opérer les tout derniers réglages du conte, même s’il évolue - car c’est ennuyeux de faire toujours la même chose quand on est seul en scène, donc je fais en sorte que ça bouge - nous pourrons essayer Autokèn dans un théâtre sans que ce soit la première « officielle ». L’enjeu n’est donc pas de le soumettre ce récit à un regard pour la première fois, puisque je l’ai déjà fait à plusieurs reprises. Ça n’aura pas cette fonction là, mais c’est une étape importante pour moi : c’est comme si la pièce allait devenir adulte en s’installant sur tout un plateau. C’est cette dernière tranche d’essai que nous offre Warmup: la perception du public nous racontera si l’étape a été franchie, si en tant que spectacle, ça tient.

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Propos recueillis par Mélanie Drouère, 13 août 2021.