C’était un soir de foule dans l’amphithéâtre d’O. Un de ces soirs parfaits où la lune et les étoiles s’allument à l’unisson des projecteurs. Un soir de grand, de beau théâtre. Et là, entrant dans l’amphi, butant sur les dures marches de béton gris, Madeleine était tombée. Brouhaha, pompiers, rien de grave en fin de compte… Mais la civière qui emportait la blessée avait dû passer par la scène. Le public se mit alors à applaudir, Madeleine à lui envoyer des baisers. Une grande, une magnifique sortie de théâtre.

Et c’est dans le sourire de ce souvenir qu’au Printemps des Comédiens nous aimons à nous rappeler Madeleine Attal. Car Madeleine c’était cela : un sens inné du geste à faire, un amour de la scène, du public. Un amour des gens, surtout : car jamais la grande dame de théâtre n’occultait la femme de cœur. C’est cela sans doute qui donnait tant de charme, tant de poids aux personnages qu’elle incarnait : incroyable combien, 34 ans après, on se souvient de sa Winnie de Oh les beaux jours, de son ombrelle dansante, de sa voix de violoncelle.

Oui, cette voix qui nous a embarqués dans tant de siestes littéraires sous les pins du Domaine d’O. Cette voix qui se faisait poésie quand elle lisait Max Rouquette ou Joseph Delteil. Cette voix qui s’enrouait de rires quand, au conseil d’administration du Printemps des Comédiens dont elle fut si longtemps la vice-présidente, elle jouait au ping-pong des anecdotes avec Jean-Claude Carrière.

Madeleine Attal a fait sa sortie définitive. A 101 ans. 101 ans de plénitude. Cette fois c’est le public qui salue.

Jacky Vilacèque,
au nom de Jean Varela et de toute l’équipe du Printemps des Comédiens

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Madeleine Attal a participé aux activités du Printemps des Comédiens dès le début.
Aux côtés de Daniel Bedos et de Jean-Claude Carrière, elle apportait l’expérience acquise à la station Radio France de Montpellier avec le Centre d’essai pour faire entendre des textes radiophoniques inédits et aussi le savoir-faire d’une actrice liée à la Compagnie du Peyrou et à la Compagnie menée par André Crocq.
Elle combinait ainsi avec talent l’art de la diction et celui du jeu.
Jusqu’au bout de ses forces, elle s’est montrée prête à dire ou lire des textes de ses écrivains favoris, à accueillir une personnalité ou à suivre le projet d’une jeune troupe.
Deux exemples sont souvent cités par les spectateurs anciens du Printemps.
Celui des Siestes théâtrales, installées sous les arbres en différents endroits du Domaine d’O, avec sièges et hamacs pendant lesquelles, en conteuse captivante à l’élocution parfaite, elle donnait à entendre des textes magnifiques.
L’autre exemple est celui des pièces qu’elle a interprétées.
Oh les beaux jours de Samuel Beckett fait l’unanimité. Elle y est revenue deux fois, une première fois en 1989 avec Jacques Bioulès, une deuxième fois en 1996 avec Bela Czuppon.
Ecoutons une fois encore la voix de Winnie :
« Etrange sensation, que quelqu’un me regarde. Je suis nette, puis floue, puis plus, puis de nouveau floue, puis de nouveau nette, ainsi de suite, allant et venant, passant et repassant dans l’œil de quelqu’un. »
Souvenir, souvenir

Gérard Lieber, Président du Printemps des Comédiens