Avec la participation de Marion Aubert, Julie Benegmos, Caroline Cano, Marion Coutarel, Béla Czuppon, Marion Guerrero, Nicolas Heredia, Lara Marcou et Marc Vittecoq, Brigitte Negro, Hélène Soulié et Maxime Taffanel.
Propos recueillis par Mélanie Drouère, mai 2026 pour le Printemps des Comédiens
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À l’occasion de sa 40ème édition, le Printemps des Comédiens réaffirme son rôle de vecteur et d’accompagnateur de la création en arts vivants en Occitanie. Au-delà de la diffusion, c’est toute une dynamique de transmission et de compagnonnage qui s’articule entre le festival et les autres nombreuses et diverses forces vives du territoire - l’Ensad Montpellier, l’IRCL-Paul Valéry, le théâtre des 13 Vents, le Cours Florent, La Cité des Arts, le Kiasma Théâtre à Castelnau-le-Lez, le Hangar théâtre, La Baignoire-. Cette effervescence montpelliéraine irrigue résolument les ramifications d'une véritable 'filière' théâtrale, qui entrelace formation, recherche et expérimentation. Nous avons demandé aux artistes et compagnies qui en font le cœur battant, tant par leurs approches esthétiques que par leur propre engagement dans les énergies du réseau territorial, de nous éclairer, en quelques mots, sur leur lien à cette terre de théâtre.
Comment créer ici, dans ce paysage humain et géographique singulier qu'est l'Occitanie, infuse-t-il votre geste artistique propre et/ou l’énergie, individuelle ou collective, que vous engagez sur le territoire ?
Hélène Soulié, metteuse en scène, dramaturge, directrice artistique de la Cie ExiT :
« Créer en Occitanie, et plus particulièrement à Montpellier, c’est pour moi inscrire un geste artistique dans un tissu vivant où se croisent formation, recherche et hospitalité. Arrivée ici à 18 ans pour me former à l’ENSAD, j’y ai trouvé un point d’ancrage déterminant, du Printemps des Comédiens - où je présentais déjà mon spectacle de sortie d'école mis en scène par Yann-Joël Collin et Cyril Bothorel – aux scènes qui ont accompagné mes premières créations. Ce territoire m’a permis de fonder la compagnie ExiT en 2008 et d’y déployer un travail au long cours, nourri par des collaborations avec des auteur·rices, chercheur·euses et interprètes.
La vitalité des lieux et des partenaires crée un écosystème où l’expérimentation est possible et encouragée. Cette proximité favorise des rencontres authentiques, qui sont au cœur de mon travail : écrire avec les autres, penser avec les autres, partager avec les publics. L’Occitanie est pour moi une terre d’hospitalité, où le théâtre s’invente comme un espace ouvert, jamais assigné, toujours en mouvement. C’est un territoire qui engage, politiquement et poétiquement, à relier les récits à celles et ceux qui les vivent. Cette “base arrière” solide me permet aussi d’ouvrir vers l’ailleurs, de faire circuler les œuvres et les idées à l’échelle nationale et internationale. Créer ici, c’est ainsi conjuguer enracinement et déplacement, fidélité et désir de circulation – en phase avec l’esprit d’ExiT. Cette tension nourrit une énergie collective essentielle, qui dépasse les projets pour construire un véritable commun artistique, et infuse chaque création comme une invitation à inventer ensemble des espaces d’émancipation. »
Maxime Taffanel, comédien :
« Tout commence, grandit et continue à Montpellier, puis se poursuit sur les territoires contrastés de l’Occitanie. Cette région m’a mis le pied à l’étrier. Enfant, un premier stage à l’outil théâtre. Adolescent, une rencontre théâtrale décisive avec Moni Grégo et Yves Ferry. Etudiant sous la direction d'Ariel Garcia Valdès à l’Ensad-Montpellier. Puis les soutiens précieux de Jean Varela, de Gildas Milin, de Frantz Delplanque, du Collectif En Jeux, de la ville d’Alénya… Cette région m’a accompagné par des temps longs de résidence, des rendez-vous multiples avec des publics très divers. L’énergie est particulière quand je joue chez moi, j’ai naturellement une exigence du plateau qui se manifeste. Une envie de donner toujours plus, d’aller au-delà… »
Lara Marcou et Marc Vittecoq, co-metteur·euse·s en scène – Le Groupe O, co-directeur·rice·s du Festival SITU dédié aux nouvelles écritures théâtrales et filmiques :
« Créer en Occitanie relève pour nous d’un ancrage inattendu, né du hasard des trajectoires, avant de se transformer en choix profondément structurant. Longtemps lié.es à la Normandie, où nous avons initié le Festival SITU, c’est finalement dans les Cévennes, à Saint-Laurent-le-Minier, que notre démarche artistique a trouvé un terrain d’évidence, à la fois intime et collectif.
D’abord en l’habitant, en famille, puis en y inscrivant nos projets de programmation et de création, nous avons recentré sur ce territoire les enjeux et les rapports au public, à la création et au processus qui nous animent, notamment cette idée de partir du réel, des présences humaines, des paysages, des contextes.
Nos créations commencent souvent hors du plateau, dans une porosité naturelle pour nous entre la vie et l’art, et c’est ainsi que ce territoire et nos rencontres - les plus institutionnelles ayant eu lieu ici aussi simplement qu’avec les habitants du village - ont évidemment coloré notre manière de créer, en influant sur notre manière de le vivre, et réciproquement. Nous avons parfois, pour certaines créations, besoin d’espace-temps de concentration dédié à ce seul objet, mais cette circulation constante entre ouverture et retrait, entre immersion et écriture plus protégée, est toujours au cœur du geste.
Le Festival SITU, que nous avons réimplanté dans notre village, représente bien cette dynamique. En associant habitant.es et artistes à des processus de création partagés, il devient un espace où les œuvres s’écrivent au contact direct d’un territoire, laissant une empreinte pour chacune et chacun. Une troupe s’est constituée ici, La Troupe du village, depuis la création du festival, dont nous allons d’ailleurs modifier la périodicité pour essayer de mieux déployer l’accompagnement en production des projets que nous soutenons. Nous réaffirmons ainsi qu’un travail profondément lié à un territoire, en particulier en Occitanie qui regorge d’initiatives artistiques, va de pair avec des formes exigeantes et des productions d’envergure. »
Nicolas Heredia, metteur en scène, compagnie La Vaste Entreprise :
« Je ne crois pas que le fait que la compagnie soit établie en Occitanie impacte tellement le geste artistique lui-même. Mais nous avons en effet ici, dans cette grande région, de nombreux partenaires de longue date, avec qui nous entretenons de précieux échanges au long cours. Cette dynamique-là est très stimulante, et nous nous attachons évidemment à participer à la vivacité artistique du territoire, aux côtés des opérateurs culturels et des autres artistes. Après, une large partie de notre activité se déploie aussi en dehors de cette région d'implantation, et nous avons d’autres partenaires fidèles un peu partout en France. C'est aussi un oxygène nécessaire artistiquement. De la même manière qu'il nous est nécessaire de ne pas présenter notre travail uniquement dans des théâtres, mais aussi dans des centres d'arts, des musées, et en espaces publics. Nous cherchons même souvent à nous confronter à des lieux parfois très inattendus. Il nous est nécessaire d'opérer en permanence des "déplacements", en menant par exemple un projet d'installation plastique sur la Gare Saint-Charles à Marseille, en dialoguant avec des logiques et des corps de métiers que nous ne connaissions pas avant. Comme il nous a été nécessaire d'aller visiter un peu le champ de l'écriture numérique, en imaginant le site internet de La Fondation du Rien (créée dans le cadre de la Biennale Némo du Centquatre-Paris). Ou par exemple, pour revenir à Montpellier, nous étions très heureux d’initier un workshop commun entre les étudiant·es en théâtre de l’ENSAD et les étudiant·es de l’école des beaux-arts du MOCO, qui ont rarement l’occasion de se rencontrer. Et bien sûr, dans le cas du spectacle présenté ici au Printemps des Comédiens avec les acteur·ices de La Bulle Bleue, l'occasion nous est donnée de faire dialoguer nos habitudes de travail avec les enjeux du champ médico-social : nous arrivons avec nos méthodologies et nos références, tout en étant forcément bousculé·es par un contexte spécifique qui vient rebattre nos cartes. Donc je crois que c'est toujours un peu ce que nous recherchons : un équilibre entre l'ancrage et les multiples formes de déplacements. »
Marion Coutarel, performeuse, chercheuse, metteuse en scène, co-directrice de la compagnie Libre Cours avec Julie Benegmos :
« L’endroit où l’on crée porte toujours en lui les germes de la création, et inversement. Ça infuse, c’est poreux. De nombreux lieux d’Occitanie ont accueilli notre compagnie en résidence ces dernières années. Créer en immersion, c’est avoir une sensibilité aiguë aux relations qui se tissent avec l’environnement - géographique, social, architectural - ; c’est côtoyer le hasard et faire le pari des rencontres. Notre implication dans le Réseau Magdalena et le fait d’inviter à cette occasion des artistes internationales en Occitanie nous enrichissent de leurs regards multiples, propices à une redécouverte sans cesse renouvelée du territoire. Enfin, faire partie d’un écosystème depuis de nombreuses années me permet de tisser de solides liens, de voir des élèves devenir des professionnel·les, de fidéliser le public et de travailler, réfléchir ensemble - nécessité si forte aujourd'hui. »
Julie Benegmos, scénographe, réalisatrice, metteuse en scène, co-directrice de la compagnie Libre Cours avec Marion Coutarel :
« Je suis arrivée en Occitanie par amour, en quittant l’Île-de-France pour accompagner quelqu’un à Montpellier et travailler à son invitation comme scénographe au Théâtre Jean-Vilar. C’est là que se sont nouées les rencontres fondatrices de mon parcours : Saïda Mezgheldi, dont j’ai accompagné une création, puis Carole Chassagnoux, qui est devenue l’administratrice de notre compagnie. Rien ne me destinait pourtant à ce territoire, auquel je n’étais liée d’aucune manière auparavant. Très vite, mon travail s’est profondément inscrit ici : la compagnie s’est construite grâce à un réseau de fidélités et de soutiens entre Montpellier, Sète et Toulouse ; tous nos coproducteurs sont aujourd’hui en Occitanie. Ce territoire a véritablement permis au travail de se développer, de circuler et de trouver ses appuis. Au fil de ces dix années, l’Occitanie est devenue un espace d’ancrage humain autant qu’artistique. La rencontre avec Marion Coutarel a été, à cet égard, décisive : notre collaboration structure désormais l’ensemble de mon travail. Je mesure aujourd’hui tout ce que ce territoire nous a permis de construire dans la durée : une équipe, des complicités, des relais solides, même si je sens également d’autres énergies m’appeler ailleurs, vers d’autres paysages urbains, comme Marseille, dont j’aime particulièrement la vitalité et la mixité. »
Béla Czuppon, comédien, metteur en scène, directeur de La Baignoire à Montpellier :
« Étant Belge d’origine hongroise, l’appellation d’“artiste occitan” m’interroge toujours un peu (sourire), mais ce n’est pas une manière de me dérober : ce territoire est, profondément, une terre d’accueil. Je suis arrivé à Montpellier il y a plus de trente ans, et c’est ici que j’ai construit toute ma vie — artistique, familiale, affective. Mon territoire, aujourd’hui, c’est cette ville élargie à sa région ; c’est pourquoi je me définis volontiers comme un “étranger devenu local”.
Ce lien s’est forgé très concrètement dès mon arrivée. Je garde un souvenir fort d’une tournée départementale dans le Haut-Biterrois autour d’un texte de Joseph Delteil, La jonque de porcelaine, dans le cadre de Sortie Ouest, impulsée par Jean Varela avant qu’il dirige le Printemps des Comédiens. Il existait alors un véritable maillage du territoire, associant médiathèques, bibliothèques et lieux de proximité. Cette rencontre directe avec les habitants et les paysages m’a profondément marqué. Mes premières créations ici, avec la compagnie ART, m’ont également plongé au cœur des spécificités locales. Jouer François Rabelais dans des caves coopératives, alors que je venais à peine d’arriver, a constitué une forme d’immersion accélérée, à la fois culturelle et sensible.
La création de La Baignoire, en 2004, s’inscrit dans cette continuité. Il s’agissait d’abord de transformer un garage en lieu de travail, qui est rapidement devenu un espace d’accueil, de résidence et de programmation dédié aux écritures contemporaines et identifié comme tel. J’y défends une idée simple : celle d’un abri, ancré ici mais également ouvert à des autrices et auteurs venus d’ailleurs. Ce projet s’est construit progressivement, sans plan préétabli, au prix d’une économie fragile et d’un engagement constant de l’équipe. Mais il témoigne, à sa manière, de ce que ce territoire a permis : créer, expérimenter, inscrire un travail dans la durée. Lorsque je regarde aujourd’hui l’évolution de ce paysage, je pense aux outils qui ont structuré la création locale, notamment Théâtre d’O, lieu essentiel pour toute une génération, ainsi qu’aux équipements du Domaine d’O. En préparant actuellement une lecture pour la 40ème édition du Printemps des Comédiens, je redécouvre cette ambition initiale : un projet de maillage, d’ouverture et de circulation des œuvres et des artistes. Cette plongée dans les archives me rappelle à quel point cette dynamique de décentralisation a compté, et combien elle demeure, aujourd’hui encore, un horizon à réaffirmer. »
Marion Aubert, autrice et comédienne, co-directrice de la compagnie Tire pas la Nappe avec Marion Guerrero :
« Je suis arrivée à Montpellier il y a bientôt 31 ans, pour tenter le concours de l’ENSAD. Jamais je n’en suis repartie. Ce n’est pas un lien que j’entretiens à Montpellier, au territoire, tant c’est ma vie toute entière qui est engagée, imprégnée par la ville elle-même, le territoire, les enfants, les amies, les commerçantes, les terrasses des cafés, le jardin des Plantes, la jeunesse qui dévale la rue de l’Université, la mer, les pluies qui montent, la neige rare qui ont imprimé mon travail. Je suis attachée à la ville corps et âme, avec toutes ses vies qui passent, à commencer par la mienne, mille et mille fois, à vélo, entre les théâtres, les MJC, les répèts au Hangar, aux Treize Vents, à Jean Vilar, l’ombre chaude, les murs blancs qui tapent, les années. C’est la première fois que nous jouons au Printemps des Comédiens de Montpellier. »
Marion Guerrero, comédienne et metteuse en scène, co-directrice de la compagnie Tire pas la Nappe avec Marion Aubert :
« Je suis née à Sète et j’ai grandi dans un village à côté. Je suis entrée à l’Ensad de Montpellier à 18 ans, puis ai intégré l’atelier volant au T.N.T. de Toulouse. Après un rapide passage à Paris, je suis venue rejoindre mes camarades de la compagnie que nous avions créée dès la sortie de l’école. Je savais que ma vie était là. Il est donc sans doute plus difficile de parler d’un endroit si familier, si intégré à ma vie. Tout comme il est parfois difficile d’avoir la distance nécessaire pour parler de soi. D’où viennent nos rêves, nos aspirations, nos inspirations, qu’est-ce qui appartient à l’héritage familial, amical, aux paysages, aux rencontres, aux découvertes ? La réponse est infinie. Peut-être en effet, comme le dit Marion, les espaces, le climat, les gens, les couleurs du ciel et des pierres de la ville jouent-ils un rôle dans notre imaginaire. Et puis il y a le fait de s’engager sur le territoire, vouloir créer à l’endroit où l’on se trouve, parce qu’on s’y sent à sa place. Pour autant, je crois qu’il faut souvent partir pour puiser ailleurs les ressources nouvelles qui viennent enrichir nos visions. Décloisonner nos visions. Que ça circule. Et c’est sans doute, paradoxalement, l’une des raisons de notre ancrage.
Dans la même idée, j’aime aussi ce territoire parce que c’est une terre étudiante et que cette jeunesse renouvelée au fil des années donne une énergie particulière à l’espace. Il en est imprégné. Et donc nous aussi, je crois. Toujours cette histoire d’appel d’air, de mouvements. Dans le cas particulier de cette création, ce qui me ravit, c’est de travailler avec les étudiant.es de cette école qui nous a vues grandir et où j’ai longtemps été intervenante, du temps d’Ariel Garcia Valdès. J’ai un attachement particulier à cet endroit et aux gens qui le font tenir debout depuis tant d’années, et c’est un vrai plaisir de travailler avec de jeunes acteur.ices en devenir. Elles et ils ont cet élan qui nous rappelle l’origine de notre envie de création. Le souffle premier. Le collectif et l’élan renouvelé. C’est peut-être pour ça que nous croyons toujours à cette idée de collectif, aux histoires collectives, qui ont besoin d’un terrain pour se développer. Et ce terrain est ici. »
Brigitte Negro, metteuse en scène, artiste associée depuis 2022 à L’Autre Théâtre :
« Depuis plusieurs années, à travers différents projets dont Le bal populaire, coconstruit avec les habitant.es d'un quartier, d'une ville, d'un village, donnant lieu à la création d'un spectacle, Ce qui surgit, un projet conduit en partenariat avec La Bulle Bleue et la Clinique Saint-Martin de Vignogoul, ou encore « Chorégraphie et petite enfance » en partenariat avec L'Agora de la danse à Montpellier, la compagnie Satellite mène différents projets sur le territoire avec la nécessité « d'aller vers », de se rencontrer, de fabriquer ensemble.
Habiter le territoire, s'inscrire dans une géographie, prendre en compte différents contextes, différentes personnes à travers la création artistique correspond pour moi à une nécessité de se relier, de faire corps face à une brutalité ambiante. La danse et le théâtre deviennent une façon de recoudre les liens invisibles. Un lieu de rassemblement, de joie, de résistance qui donne du sens à ma pratique. La rencontre et les créations avec l'Autre Théâtre s'inscrivent également dans cette démarche. Ensemble, nous avons créé J’habite où je suis ; Devant vous ; Tout le monde se ressemble ; en 2025, nous avons collaboré avec Caroline Cano pour la création Les chants du cygne. »
Caroline Cano, metteuse en scène, comédienne et directrice de la compagnie La Hurlante :
« Mon lien au territoire s’est d’abord construit pendant mes études, à l’université de Nice. Claude Alranq, qui dirigeait la section Arts du spectacle nous a emmenés travailler ici, entre Pézenas et Montpellier. J’ai découvert avec lui une manière de faire du théâtre profondément ancrée dans la culture occitane, nourrie de ses figures emblématiques, de ses totems, de récits et d’un imaginaire populaire très fort. J’ai ensuite tout naturellement joué à Montpellier, notamment au Théâtre de la Vista, puis, à la sortie de l’école, nous avons fait le choix, avec ma première compagnie, les Boucans, de nous installer ici, un geste collectif qui a marqué le début de mon inscription dans ce territoire. Aujourd’hui, avec ma compagnie La Hurlante, mon rapport à l’Occitanie passe avant tout par l’espace public. C’est là que je crée, que je joue, que j’écris. Arpenter les rues de Montpellier et de toute la région est devenu à la fois un terrain de jeu et un espace d’inspiration. Nous sommes installés dans le quartier de Celleneuve, qui est désormais un lieu central de travail : un lien solide s’y est tissé avec les habitant.es.
La rencontre avec Brigitte Negro s’est inscrite dans la continuité de ce travail tout en ouvrant d’autres perspectives. Nous nous sommes d’abord retrouvées dans l’espace public, avant d’engager un dialogue plus large entre nos pratiques. Cette collaboration s’est prolongée avec la création Les chants du cygne en 2025 et, aujourd’hui, le pont entre cette expérience collective et mes propres recherches prend une autre couleur encore à l’occasion du travail mené avec L’Autre Théâtre pour cette 40ème édition du Printemps des Comédiens. Créer au contact d’autres artistes du territoire que je connais, que je découvre ou que je retrouve - Béla Czuppon, Marion Coutarel, Brigitte Negro... - constitue à la fois un défi et une chance. »
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Photo : Et tout est rentré dans le désordre, de Marion Coutarel et Julie Benegmos © Simon Jaulmes
