Campus développe la transmission des savoirs entre des metteuses et metteurs en scène de renom et de jeunes artistes déjà en activité ou issus de formations supérieures d’art dramatique. Il s’agit de séquences de formation d’une semaine, fondées sur la confrontation et l’échange d’expertises, d’approches, de méthodes et de pratiques de la mise en scène, à partir de différents textes et langages artistiques. Le Printemps des Comédiens souhaite, avec ses partenaires territoriaux, par la mise en place de ces nouvelles formations, contribuer au développement des compétences et des approches de nouvelles générations d’artistes.

4 stages ont eu lieu au printemps 2021, menés par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne - AUTOUR DE L’HOMME QUI... - avec 8 intervenants et 10 participants au Théâtre d’O, Salle Paul Puaux ; Katia Ferreira et Dag Jeanneret - L’ACTEUR.RICE CRÉATEUR.RICE D’IMAGES - avec 3 intervenants, 9 participants au Théâtre d’O, Studio Gabriel Monnet ; Eric Lacascade - L’ACTEUR CRÉATIF - avec 1 intervenant et 10 participants au Hangar Théâtre et au Théâtre Jean-Claude Carrière ; Isabelle Lafon, assistée de Johann Korthals Altes - SE PARLER DE PRES, DE LOIN - avec 2 intervenantes et 10 participants au Théâtre Le Kiasma - Castelnau-le-Lez.

Entretien avec Katia Ferreira, co-conceptrice avec Dag Jeanneret du stage L’ACTEUR.RICE CRÉATEUR.RICE D’IMAGES

Katia Ferreira, comment est née l’idée d’une collaboration avec Dag Jeanneret pour mener ce stage et quel est le travail que vous avez proposé aux stagiaires ?
Je travaille en compagnie avec Charly Breton, auteur metteur en scène et comédien, et Charles-Henri Wolff, comédien, deux anciens élèves de l’eNsAD avec qui j’ai crée « le 5ème quart » en 2016. Nous avons pour habitude de nous accompagner les un.e.s, les autres dans nos projets respectifs. Aucun des deux n’étaient disponibles, or je ne souhaitais pas mener ce stage seule, ne l’ayant jamais fait auparavant. Jean Varela et Laurent Parigot ont alors eu l’idée de cette collaboration avec Dag Jeanneret, que j’ai trouvée extrêmement pertinente. D’abord parce que j’ai rencontré Dag lorsque j’étais moi-même étudiante à l’eNsAD, et que l’idée de travailler pour la première fois sur de la transmission avec un artiste qui a été mon intervenant lors de ma formation me semblait judicieuse. De cette rencontre à l’école est née une très belle et forte relation de travail. Nous sommes tou.te.s deux metteur.se.s en scène et comédien.ne.s, nous nous sommes dirigé.e.s l’un.e l’autre, Dag ayant joué dans mon spectacle « First trip ». Par ailleurs, puisque l’idée était de travailler sur la vidéo au théâtre, et comme j’avais envie d’aborder cette question d’une manière inhabituelle, non pas en faisant un stage sur l’acteur.rice face à la caméra, ou pris.e dans un dispositif vidéo, mais plutôt en se demandant comment l’acteur.rice peut être actif.ve dans ces dispositifs, je voulais être accompagnée de quelqu’un.e qui soit à la fois comédien.ne et de metteur.se en scène. Un.e artiste qui ne réfléchisse pas seulement à des dispositifs de mise en scène mais vraiment à la manière dont les comédien.ne.s peuvent s’emparer de la vidéo (Concrètement, en travaillant le cadre et l’auto-cadre par exemple. Ou encore à la façon dont l’acteur.rice peut participer à l’écriture des plans par ses propositions physiques et ses orientations de jeu). La technique n’impose rien a priori, un duo se crée entre celui ou celle qui filme et celui ou celle qui joue. C’était formidable de pouvoir travailler sur ces questions avec Dag, qui a la double expérience du « dedans » et du « dehors », du « en face » et du « à l’intérieur ». Dag est par ailleurs un directeur d’acteurs incroyable, notamment sur les écritures contemporaines. et puis, un homme et une femme, de deux générations différentes, ça me semblait important.

Comment était composé votre groupe et y a t-il eu des événements, des changements marquants au cours de la semaine de stage ?
De tous les stages, c’était sans doute celui où il y avait le plus de jeunes comédien.ne.s, ils.elles avaient entre 19 et 35 ans, la plupart sortant.e.s d’écoles, privées ou nationales. Le groupe était paritaire, ce qui était important pour aborder certaines problématiques des textes d’Anja Hilling. Certain.e.s stagiaires sont arrivé.e.s un peu dubitatif.ve.s ou réfractaires à l’idée de la vidéo au théâtre. Au fur et à mesure du travail, ils.elles se sont rendu compte que la vidéo pouvait être un partenaire de jeu insoupçonné, et ont revu leur position quant à l’utilisation des nouvelles technologies sur un plateau de théâtre. D’autres sont arrivé.e.s avec des premières expériences de mise en scène et désireux.ses d’apprendre à se servir de l’outil vidéo ou de réfléchir à des dramaturgies incluant cet outil. La plupart d’entre eux.elles se sont présenté.e.s davantage comme des acteurs.rice.s de théâtre ayant envie d’acquérir un savoir faire plus technique, je dirais, pour pouvoir s’inscrire dans une mise en scène qui utiliserait de la vidéo. Or c’est précisément l’angle d’attaque que nous ne voulions pas épouser. Nous voulions vraiment réfléchir et chercher en terme de propositions de jeu, nous ne voulions pas qu’ils.elles soient passif.ve.s dans des dispositifs vidéo mais à l’inverse aborder cette question du point de vue de l’acteur.rice, se demander comment faire pour devenir créateur.rice d’images.

Dans tous les cas, ils.elles sont arrivé.es avec une question de départ assez forte, et le stage a été une exploration, un chemin pour tenter d’y répondre. C’est là la grande richesse de ce campus, à mon sens.

Et vous, en tant que professionnelle, qu’en avez-vous retenu de cette expérience ?
Cette proposition du Printemps était passionnante car, en tant que professionnel.le.s, nous avons très rarement l’occasion d’être en laboratoire, sans obligation de restitution. Nous étions vraiment dans l’expérimentation, dans la recherche et la réflexion sur la pratique de l’acteur.rice, au travail tou.te.s ensemble, stagiaires et intervenant.e.s. J’ai trouvé ça extrêmement précieux : on essaye des choses, on expérimente, on se plante parfois, sans résultat attendu, sans besoin d’efficacité.

C’est aussi cette formule de temps court, le stage ne durant qu’une semaine, qui nous a permis une immersion totale, sans temps de chauffe. Quand il n’y a pas de place pour les états d’âme, il y a des choses très fortes qui ressortent de cette plongée, dans une sorte d’immédiateté.

De mon côté, j’ai dû moi aussi parfois adapter ma façon de faire. Je travaille avec le même groupe d’acteur.rice.s et de technicien.ne.s depuis plusieurs années. Nous avons petit à petit inventé une méthodologie de travail et des procédés d’écriture à partir d’un vocabulaire et d’une grammaire communs. C’était extrêmement intéressant pour moi de devoir parfois trouver d’autres chemins pour les guider, et de reformuler certaines choses au côté de Dag avec ce nouveau groupe de travail.

Y a-t-il des personnes avec qui vous pensez rester en contact ?
Tou.te.s les stagiaires étaient engagé.es, avec des questionnements forts, et des attentes singulières. Nous avons pris le temps d’échanger avec chaque stagiaire à l’issue de cette semaine ensemble.

Je suis restée en lien avec tout le groupe de travail. Une stagiaire est venue me voir jouer au Festival du Paon, un festival in situ créé par Vincent steinebach et Alice sarfati, auquel je participe tous les étés, près de Banon dans les Alpes de Haute-Provence. D’autres ont prévu de venir voir La Mouette de Cyril Teste, un spectacle dans lequel je joue cette saison et dont je leur ai beaucoup parlé pendant le stage, puisque le dispositif vidéo y est très complexe. Et puis j’ai prévu moi aussi d’aller voir jouer certain.e.s d’entre eux.elles prochainement. Ils.elles me tiennent informée de leurs projets.

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Propos recueillis par Mélanie Drouère, 9 septembre 2021.

Thibaut Prigent a fait partie des jeunes acteurs qui ont suivi en juin, la master-class d’Eric Lacascade dans le cadre du Campus mis sur pied par le Printemps des Comédiens. Ce qu’il en dit :

« Une expérience formidable. C’est même difficile d’en parler... Je place ma rencontre avec Eric Lacascade sur le même plan que celle que j’ai faite avec Jean-François Sivadier avec qui j’aimerais beaucoup travailler. Ce sont des maîtres, ce sont des gens qui, au-delà de t’apprendre avec des mots, font aussi parler leur cœur. Un enseignement extrêmement formateur qui a influé sur mon spectacle. Eric Lacascade est très pointilleux sur l’espace. Sur l’espace psychotique je dirais. Il nous force à imaginer dans notre tête qu’on est dans un appartement, par exemple, et cette force de l’imaginaire doit se répercuter sur le plateau. C’est très dur en même temps parce que, à partir d’une phrase, on est dans l’improvisation totale. Ça vous met face à votre dilettantisme (rires...). »

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Propos recueillis par Jacky Vilacèque, août 2021.